Kisi kili kisoga
Biebuyck, à propos d’une autre figurine appelée kakinga, et détenue, elle, par les initiés masculins du grade kindi, nous apprend qu’elle représente une femme qui a commis l’adultère. (1973 : ill. 77). Par ailleurs, toujours d’après Biebuyck, le terme lega bubake est lié à celui de mubake, qui chez les Nyanga et les Hunde est le titre donné à un chef intronisé, né d’un mariage incestueux préférentiel : celui d’un chef avec sa demi-soeur ou sa nièce, qualifiée d’épouse favorite. (Biebuyck 1986 : 12-13, et passim). Chez les Konjo (dont certains groupes habitent le territoire de Shabunda), bubake désigne une initiation destinée à purifier les personnes apparentées à un couple marié dont l’union était de type prohibé11 (idem : 229). Enfin chez certains Lega de l’Est, où bubake est un grade distinct du bwami, le terme mubake désigne le fils ou la fille d’une femme qui était enceinte durant le déroulement de l’initiation conjointe à laquelle elle avait participé avec son mari. (ibidem). On sait par ailleurs qu’une épouse commettant l’adultère tout en étant enceinte met en grave danger son entourage (cf. ci-dessus, p.14).Bref, depuis l’adultère, auquel renvoie le terme kakinga, jusqu’au mariage interdit et à l’inceste prohibé (sauf pour les chefs sacrés) qu’évoquent le terme bubake, nous sommes bien dans le même registre, celui de la transgression des interdits sexuels que semblent évoquer ces pendentifs, si l’on se réfère au nom qu’ils portent selon Safiannikoff.A propos de celui de la collection Mestach, Biebuyck suggère qu’il s’agit d’une figurine de type kalimbangoma ayant appartenu à un grand initié et précise que « ces sculptures ne sont pas utilisées comme pendentifs mais sont occasionnellement suspendues à une claie ou à un poteau. » (2002 : 178). Pourtant, en 1973, il écrit : « Women of the kanyamwa grade have the small katimbitimbi sculptures, visibly hanging from their belts, and sometimes tiny kalimbangoma figurines in ivory or bone.” (1973:169), confirmant ainsi l’utilisation par les femmes initiées d’une catégorie de pendentifs figuratifs distincts des katimbitimbi, sur lesquels nous reviendrons.

