Kikulemba takilembwe
D’après Itongwa Muluymba wa Mamba, chez les Basile (Lega de l’Est), les initiés du plus haut grade, ici ngandu, détiennent un grand pouvoir judiciaire ; ce sont eux qui jugent les transgressions appelées mikyombo (l’équivalent du kitampo des Lega de Pangi, cf. ci-dessus, p. 25) et décident du type de réparation que devra effectuer le coupable. Lorsque ce dernier ne s’acquitte pas de cette réparation, une sanction mystique peut frapper de mort les membres de sa famille. Or, remarque Muluymba, « l’apparence mystique de la sanction (mort) qui frappe les coupables ne convainc guère les gens. On accuse plutôt les bami d’une certaine connivence avec les sorcières. Car lorsqu’une faute n’est pas réparée, les bami ne reçoivent pas de chèvre. Et ils commencent à s’en plaindre en présence de leurs femmes, dans l’intention de les inciter à déclencher le processus d’ensorcellement. […] Toutes les femmes sont potentiellement sorcières. Celles des bami le sont actuellement.» (1977 :327 et note 1)Biebuyck note effectivement que ce sont surtout les femmes qui sont soupçonnées de posséder des talents maléfiques (witches), et que les hommes sont plus rarement accusés d’être des sorciers, qu’il qualifie de sorcerers. Mais il ne s’étend pas davantage sur l’analyse de ces pouvoirs, ni d’ailleurs sur la distinction qu’il introduit implicitement entre witchcraft et sorcery, entre les pouvoirs des hommes et ceux des femmes, sans en préciser la nature.Ce furent généralement des hommes initiés au bwamè qui confièrent à E. A. Georges la plupart des objets qu’il détient. Le seul qu’une femme lui offrit est le superbe pendentif que nous avons déjà évoqué dans l’introduction (ill.1 et ill. 40).
Kikukama
E.-A. Georges raconte avec humour et émotion les circonstances durant lesquelles on lui fit don de ce pendentif. Une file de personnes attendaient devant la petite table qui faisait office de bureau devant son gîte, à Makutano. Ce fut le tour d’une jeune femme : « Sa beauté était rehaussée d’un bijou qui reposait sur le grain velouté de la peau entre les seins. […] Lorsqu’en partant, elle ôta le bijou de son collier pour me l’offrir, une vague énorme, bruissante d’étonnement, de joies, de cris et de rires submergea toute la scène : le petit administrateur au fin fond de l’Afrique, la beauté lega et eux-mêmes. » (2005 : 214).Nous ne saurons jamais si l’hilarité du public qui assista à cette scène fut provoquée par la signification de ce type de figurine évoquée par A. Safiannikoff : « l’objet sert de pendentif que l’on attache à la ceinture et plus rarement au cou. Il est porté par la femme du mwami, ce qui la préserve de l’infidélité. C’est un objet honorifique pour elle et l’insigne lui est enlevé si malgré cette protection elle commet une faute. » (Safiannikoff 1972 : 181, ill. 112 et ill. 42 ci-dessous). Il souligne que ce type de pendentif, appelé kakinga ya bubake, est un objet rare, aussi bien chez les Lega que chez les Bembe.
| Kisi | Kilongo | Bantu |
| Kagela | Kindi | bikubusyo |
| gogo | balimbala | musagi |
| baliga | bakota | Bampa |

